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Le MOOC, un projet d’apprentissage ?

Le MOOC, un projet d’apprentissage ?

Je fais régulièrement le lien entre le suivi d’un MOOC et ce que l’on nomme les projets d’apprentissage, un vieux concept, puisqu’il est proposé dès 1971 par Allen Tough. Néanmoins, il me faut souligner que les éventuels projets d’apprentissage correspondant aux MOOC se distinguent à bien des égards de ceux que décrit Tough dans ses travaux séminaux. Quelques mots sur la question …

Pour l’auteur, un projet d’apprentissage dure en moyenne une centaine d’heures et mobilise en moyenne une dizaine de personnes-ressources. Or les MOOC de FUN ne nécessitent qu’une vingtaine d’heures en moyenne si l’on se base les estimations fournies par les équipes pédagogiques. Seule une minorité des projets d’apprentissage basés sur les MOOC de FUN correspondent à un investissement d’une centaine d’heures, tant que nous considérons que les estimations réalisées par les équipes pédagogiques constituent une bonne approximation de la durée du projet d’apprentissage.

La deuxième spécificité du projet d’apprentissage basé sur un MOOC réside dans le faible nombre de personnes-ressources mobilisées. Ils sont rares à avoir interagi avec d’autres participants du MOOC, ou à avoir suivi le cours avec des personnes connues en amont. On ne peut exclure néanmoins qu’une partie des participants repose sur des personnes-ressources totalement extérieures à la formation, que ce soit pendant ou après le MOOC. Ainsi, DeBoer et al. (2013) montrent sur la base d’enquêtes diffusées au sein du MOOC d’électronique du MIT 6.002x que quelques pour cent des répondants mobilisent des personnes totalement extérieures au cours, notamment pour profiter de leurs connaissances en électronique.

Milligan et Littlejohn (2014), qui ont étudié un MOOC sur la recherche clinique, suggèrent que près d’un quart de la quarantaine de professionnels qu’ils interrogent mobilise leur réseau pour chercher de l’aide. Seule l’extension d’une telle question à une enquête diffusée en fin de MOOC permettrait d’appréhender de manière plus quantitative l’importance de la mobilisation de personnes-ressources extérieures au dispositif.

Je pense que le suivi du MOOC correspond à un projet d’apprentissage relativement solitaire, seule une faible minorité des inscrits mobilisant des personnes extérieures. Cette situation, si elle était avérée, contrasterait avec les chiffres avancés par Tough et par les recherches qui suivirent.

Mon interprétation est que la guidance fournie par le dispositif n’impose pas d’avoir recours à de nombreuses personnes-ressources, et la délimitation de la formation dans le temps d’autre part, peuvent expliquer le caractère plus « compact » des projets d’apprentissage basés sur les MOOC. En cela, l’apprentissage dans un MOOC se distingue d’un apprentissage sur un tutoriel en ligne qui ne demanderait que quelques minutes. Si cette dernière modalité peut correspondre à un épisode d’apprentissage, le temps investi est insuffisant pour que l’on puisse parler de projet d’apprentissage.

Je souhaite conclure sur le fait qu’une plate-forme de MOOC, par l’offre qu’elle propose, constitue dans une certaine mesure une forme de cadre organisateur (Mocker & Spear, 1982), à même de générer des projets d’apprentissage, et non pas seulement permettre de servir de support à des projets d’apprentissage préexistants. En d’autres termes, d’un certain point de vue, les plates-formes de MOOC génèrent un besoin nouveau autant qu’elles répondent à un besoin existant. A méditer …

Source : https://numpedago.hypotheses.org/155

A propos Soufiane Chibi

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